La guerre contre les poils est déclarée !

Rosa plisse les yeux de douleur. Ses mains sont cramponnées sur l’accoudoir du fauteuil. Des spasmes secouent par intermittence tout son corps. Armée d’un fil blanc ingénieusement tortillé, Violeta s’approche de son visage et tire d’un coup sec. Quelques poils s’envolent. Une larme coule sur la joue de Rosa. Elle va devoir tenir bon, il lui reste encore beaucoup de duvet à épiler. Bienvenu dans la salle de torture version XXIème siècle : le salon de beauté, où l’on arrache, on tire, on extirpe à coup de pince, de cire et parfois de fils, les poils, ces mal-aimés.

Il y a un moment que je redoute presque autant que d’aller chez le dentiste, c’est aller me faire épiler. Je sais que c’est pour mon bien et qu’en sortant je vais bondir de joie en sachant ma peau toute lisse, douce et satinée. Mais à chaque fois que je m’apprête à prendre rendez-vous des flash-back de mon corps secoué par la douleur, lorsque l’esthéticienne retire la cire, me reviennent en tête. Et je fais marche arrière. J’attends un jour où j’ai vraiment un moral de guerrière à toute épreuve et je pratique la méthode « n’y pense pas, fonce ! ». Une heure plus tard, la peau à vif, rouge écarlate, et le porte monnaie allégé de quelques euros, je souris. Une nouvelle bataille remportée. Mais la guerre n’est pas finie ! Il est même illusoire de penser qu’on puisse un jour gagner la guerre contre les poils.

Crédit: Lauren Greenfield

C’est une guerre sans fin. C’est peut être même la plus longue guerre que les hommes n’aient jamais menée. Elle dure depuis la nuit des temps. Toutes les civilisations qui nous ont précédées ont développé des techniques pour retirer les poils. On a retrouvé sur le mur de grottes des dessins datant de lépoque préhistorique d’hommes sans poil sur le visage. 3000 ans avant JC, les Egyptiennes s’épilaient déjà avec une cire composée de sucre, d’eau, de citron, dhuile et de miel. Les grecs, dont l’idéal de beauté était un corps dépilé, les statues de femmes réalisées à l’époque sans poil en témoignent, utilisaient des crèmes dépilatoires à base de sang d’animaux, de résines, de cendres et de minéraux.

Les silex ont été remplacé par des rasoirs quatre lames et les crèmes dépilatoires à base de sang de chauve-souris sont aujourd’hui parfumées à l’aloe vera et la rose de Bulgarie. Il y a eu quelques progrès avec le développement des techniques d’épilation dite définitives utilisant le laser ou la lumière pulsée. Mais. Mais. Mais. Une question me taraude. Comment se fait-il qu’à une époque où il est possible de se déplacer dans les airs, de communiquer sans fil à des milliers de kilomètres de distance et de procéder à des greffes sur le visage nous n’ayons pas réussit à trouver le moyen de nous débarrasser une bonne fois pour toute de ces foutus poils ? Il n’existe aucune solution parfaite, sans douleur, accessible pour tous et vraiment définitive.

Le rasage est économique mais pas très écologique. Chaque année, plus de 2 milliards de rasoirs partent à la poubelle aux Etats Unis. Et puis un dérapage est vite arrivé. La peau est mouillée, on est pressé, la lame racle la peau ….et c’est le drame. L’hémorragie dans la salle de bain. J’ai quelques restes de belles balafres sur les jambes que j’essaye d’effacer avec de l’huile de rose musquée.

Le fonctionnement de la crème dépilatoire, dont le principe est de détruire la cellule du poil, me fait un peu peur. Quid de la peau qui est en dessous ? L’odeur, malgré tous les parfums ajoutés, me parait aussi un peu suspecte.

L’épilation à la cire est douloureuse et onéreuse. Une femme qui s’épile à la cire va dépenser en moyenne 23 000 USD au cours de sa vie ! Soit l’équivalent de 129 massages au luxueux spa du Meurice, de trois sacs Chanel, de 800 livres ou d’un voyage autour du monde.

L’épilation définitive au laser ou à la lumière pulsée restent des techniques assez coûteuses pour être accessibles à toutes les femmes sur tous les continents. Ces actes doivent être réalisés par des professionnels sérieux et bien formés afin de garantir le maximum d’efficacité et surtout d’éviter les risques de brûlures ou de dépigmentation de la peau. Ces techniques semblent être beaucoup moins efficaces sur les peaux foncées et sur les poils clairs. Quand on sait que plus des trois quart de la population mondiale n’a pas la peau claire, et qu’une grande partie n’a pas les moyens d’accéder à des services coûteux, on peut mesurer l’ampleur des progrès qu’il reste à faire.

La guerre contre les poils n’est pas prête de s’arrêter. Je soupçonne même qu’il puisse exister une société secrète, une sorte de CIA du poil, dont la mission est de s’assurer en permanence que nous, pauvres femmes, soyons convaincues qu’être poilue c’est faire partie de l’axe du mal. J’imagine une armée d’agents scrutant sans arrêt le monde à la recherche de « rebelles » du poil prêtes à démarrer des révolutions. Je les imagine ayant une ligne directe avec tous les journaux féminins et people de la planète, une sorte de téléphone noir, pour dénoncer les insurgées du duvet soyeux.

Certaines stars tentent pourtant de se libérer de la dictature du net et du lisse. Je pense notamment à Julia Roberts, qui en 1999 a osé se présenter à la première du film Coup de foudre à Notting Hill sans s’épiler les aisselles, et à la top modèle russe Nathalia Vodianova, qui adore marier fourreau en strass et gambette poilue. Toutes les deux ont essuyés beaucoup de critiques de la presse.

Le marché mondial pour les produits de rasage se chiffre aujourd’hui à plus de 25.7 milliards de dollars. Les pays émergents entrent aussi dans la danse. En Inde, où pendant des générations porter la moustache était un must, les traditions changent. Près de 72% des femmes vivant à Mumbai interrogées lors d’un sondage ont déclarée qu’elles préféraient embrasser un homme bien rasé. J’ai l’intuition que la guerre n’est pas prête de s’arrêter et que les lames ont encore de beaux jours devant elles !

Une des options pour échapper à cette tyrannie anti-poil serait de partir s’exiler dans une communauté Amish où les lois interdisent aux femmes de s’épiler. Mais comme elles n’ont ni le droit de se parfumer, ni de se maquiller, l’exil n’est en fait pas du tout envisageable. On raconte qu’en Afrique centrale les hommes raffolent des femmes poilues. Plus on a de poils, plus on est séduisante. Voilà une nouvelle destination de vacances intéressante!

De mon côté, je pense retourner dans les bois, à la recherche de cette femme chamane indigène qui m’avait confié un jour qu’elle connaissait des plantes amazoniennes pour supprimer tous les poils. Après avoir arraché, rasé, brûlé, extirpé et désagrégé les poils, peut être que l’une des solutions pour signer la trêve avec nos poils se trouve dans les plantes ?

Ou peut être pas.

Et alors, nous, nos filles, les filles de nos filles, et toutes les autres filles qui suivront devront continuer à perpétrer dans la souffrance cet acte millénaire et commun à l’humanité toute entière : l’épilation !

Et vous comment faites vous ? Avez-vous trouvé la solution idéale pas-chère-pas mal-et-qui-dure ?

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